« Transformer progressivement nos tendances en forces conscientes. »
Dans la pensée kabbalistique, le Tikoun désigne un processus de rectification, d’ajustement et d’accomplissement. Il ne s’agit pas de devenir quelqu’un d’autre, ni d’effacer ce qui nous constitue, mais d’apprendre à orienter nos forces de manière plus juste.
Dans cette lecture, certaines caractéristiques de notre personnalité peuvent devenir des points de travail intérieur. Une même qualité peut être une force lorsqu’elle est équilibrée, et devenir une difficulté lorsqu’elle s’exprime de manière excessive ou désordonnée.
Le Tikoun peut ainsi être contemplé comme un chemin qui nous invite à passer de la réaction automatique à une expression plus consciente de nos forces.
QU’EST-CE QUE LE TIKOUN ?
Le mot Tikoun — תיקון signifie notamment réparation, rectification, mise en ordre ou correction.
Dans la tradition kabbalistique, cette notion possède une profondeur particulière. Elle ne signifie pas simplement « corriger ses défauts ». Le Tikoun peut être compris comme un processus dans lequel ce qui existe en nous apprend progressivement à retrouver sa juste place et sa juste expression.
Il ne s’agit donc pas de se demander :
- « Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? »
Mais plutôt :
- « Comment puis-je faire évoluer ce qui existe en moi vers une expression plus juste ? »
NOS QUALITÉS PEUVENT DEVENIR DES POINTS DE TIKOUN
Nous possédons tous des tendances, des sensibilités, des forces et des fragilités. Une même caractéristique peut se manifester de différentes manières :
| Qualité | Lorsqu’elle est équilibrée | Lorsqu’elle se déséquilibre |
| Force | Courage et capacité d’agir | Domination ou agressivité |
| Sensibilité | Empathie et écoute | Vulnérabilité excessive |
| Volonté | Persévérance | Entêtement |
| Générosité | Don juste et présence | Oubli de soi |
| Rigueur | Discernement et structure | Dureté ou jugement |
| Humilité | Capacité à reconnaître | Dévalorisation |
| Ambition | Élan et réalisation | Besoin de reconnaissance |
| Prudence | Discernement | Peur d’agir |
| Indépendance | Autonomie | Isolement |
| Besoin de lien | Relation et coopération | Dépendance |
Le Tikoun ne consiste donc pas nécessairement à supprimer une qualité.
Il consiste à l’éduquer, l’équilibrer et l’orienter.
LE TIKOUN N’EST PAS UNE CONDAMNATION
Parler de Tikoun ne signifie pas que nous serions « mauvais » ou incomplets. Nous pouvons avoir certaines tendances qui nous posent problème sans que celles-ci définissent notre identité :
- Une colère ne signifie pas que je suis une personne colérique.
- Une peur ne signifie pas que je suis faible.
- Un besoin de reconnaissance ne signifie pas que je suis superficiel.
Un comportement répété peut révéler quelque chose qui demande à être compris et transformé. La conscience permet progressivement de distinguer :
$$\text{Ce que je ressens} \neq \text{Ce que je choisis d’en faire}$$
DE LA TENDANCE À LA CONSCIENCE
Le travail du Tikoun commence souvent par l’observation. Avant de transformer une réaction, il faut pouvoir la reconnaître. Nous pouvons alors observer :
- Ce qui se déclenche en moi.
- La manière dont je réagis.
- Ce que cette réaction cherche peut-être à protéger ou à obtenir.
- Les conséquences de cette réaction.
- La réponse que je pourrais choisir différemment.
Ainsi, une réaction automatique devient progressivement un objet de conscience.
QUAND UNE FORCE DEVIENT EXCESSIVE
Une qualité n’est pas nécessairement problématique en elle-même. C’est souvent son excès, son manque ou son utilisation inadaptée qui crée un déséquilibre :
- La générosité peut devenir oubli de soi.
- La rigueur peut devenir dureté.
- La confiance peut devenir naïveté.
- La prudence peut devenir peur.
- La volonté peut devenir contrôle.
- L’humilité peut devenir dévalorisation.
Le Tikoun cherche alors moins à supprimer la force qu’à lui permettre de retrouver une mesure juste.
LE TIKOUN ET LES SÉFIROT
Les Séfirot peuvent également offrir une grille pour contempler ce processus :
- Hessed nous enseigne l’ouverture et le don.
- Guevoura nous enseigne la limite et la maîtrise.
- Tiferet recherche une expression harmonieuse entre les deux.
- Netzah nous donne la persévérance.
- Hod nous enseigne l’humilité et la reconnaissance.
- Yessod permet de créer et de transmettre le lien.
- Malkhout donne une expression concrète à ce qui a été construit intérieurement.
Le Tikoun peut ainsi être contemplé comme un apprentissage de la juste expression des forces qui vivent en nous.
DE L’OMBRE À LA FORCE CONSCIENTE
| Ce qui apparaît en moi | Ce que je peux apprendre |
| Je veux tout contrôler | Apprendre à distinguer ce qui dépend réellement de moi |
| Je me mets constamment en colère | Comprendre ce qui est touché et apprendre à exprimer autrement |
| Je cherche toujours l’approbation | Reconnaître progressivement ma propre valeur |
| Je donne trop aux autres | Apprendre à donner sans m’oublier |
| Je me compare constamment | Revenir à mon propre chemin |
| Je renonce facilement | Développer la persévérance |
| Je me protège de tout | Ouvrir progressivement un espace de confiance |
| Je refuse d’admettre mes erreurs | Développer l’humilité et la capacité d’apprendre |
La transformation ne se produit pas nécessairement en une seule fois. Elle peut commencer par un petit déplacement :
$$\text{Je remarque} \longrightarrow \text{Je comprends} \longrightarrow \text{J’ajuste} \longrightarrow \text{Je choisis autrement}$$
LE TIKOUN EST UN CHEMIN
Le Tikoun n’est pas un état de perfection que nous atteindrions une fois pour toutes. C’est un processus :
- Nous découvrons une tendance.
- Nous l’observons.
- Nous comprenons progressivement son fonctionnement.
- Nous expérimentons une autre manière de répondre.
- Puis nous recommençons lorsque la situation se présente à nouveau.
Chaque situation peut ainsi devenir une occasion d’affiner notre conscience.
CE QUI DEMANDE À ÊTRE RÉPARÉ PEUT AUSSI DEVENIR UNE FORCE
Il arrive que ce qui nous semble être une faiblesse contienne également une qualité qui demande à être réorientée :
- Une personne très sensible peut développer une grande capacité d’écoute.
- Une personne très volontaire peut apprendre à mettre sa détermination au service d’une cause juste.
- Une personne très exigeante peut transformer son exigence en recherche de qualité.
- Une personne qui a beaucoup besoin de contrôle peut apprendre à développer le discernement.
La question n’est donc pas uniquement :
- « Comment faire disparaître ce qui me dérange ? »
Mais aussi :
- « Quelle force se trouve derrière cette tendance, et comment puis-je lui donner une expression plus juste ? »
TIKOUN ET LIBERTÉ DE CHOIX
Comprendre ses tendances ne signifie pas être condamné à les reproduire. Au contraire, plus nous devenons capables de reconnaître nos mécanismes, plus un espace peut apparaître entre ce qui se déclenche en nous et la manière dont nous choisissons d’y répondre.
C’est dans cet espace que peut grandir notre liberté :
- Je ne choisis pas toujours ce qui apparaît en moi.
- Mais je peux progressivement apprendre à choisir ce que j’en fais.
MON CHEMIN DE TIKOUN
Quelques questions peuvent accompagner cette démarche :
- Quelle tendance revient régulièrement dans ma vie ?
- Dans quelles situations apparaît-elle le plus fortement ?
- Que cherche-t-elle à obtenir ou à éviter ?
- Quelle qualité se trouve peut-être derrière cette tendance ?
- Comment cette qualité pourrait-elle s’exprimer autrement ?
- Quelle petite transformation puis-je mettre en pratique aujourd’hui ?
Le Tikoun commence parfois par une prise de conscience très simple :
« Je vois maintenant ce que je ne voyais pas auparavant. »
À partir de cette vision, une autre réponse devient progressivement possible.
DE LA RÉACTION À LA TRANSFORMATION
Le chemin peut finalement être résumé ainsi :
$$\text{Tendance} \longrightarrow \text{Observation} \longrightarrow \text{Compréhension} \longrightarrow \text{Ajustement} \longrightarrow \text{Choix} \longrightarrow \text{Transformation}$$
Il ne s’agit pas de devenir parfait. Il s’agit de devenir plus conscient de ce qui vit en nous, afin de pouvoir progressivement lui donner une direction plus juste.
- Ce que je découvre en moi n’est pas nécessairement ce qui me définit.
- Ce que je comprends peut devenir une matière de transformation.
- Et ce que je transforme peut devenir une force au service de ma vie.
- M’écouter, c’est me comprendre.
- Me comprendre, c’est découvrir ce qui demande à être ajusté.
- Me transformer, c’est apprendre à donner une expression plus juste aux forces qui vivent en moi.
