Ce que nous voyons dépend aussi de la manière dont nous regardons.
Nous croyons souvent que nous voyons le monde tel qu’il est.
En réalité, nous le percevons à travers notre histoire, nos expériences, nos émotions, nos croyances et les interprétations que nous construisons intérieurement.
Deux personnes peuvent traverser une même situation et la vivre de manière très différente.
L’une peut y voir un obstacle insurmontable.
L’autre peut y voir une difficulté à traverser, une occasion d’apprendre ou une invitation à changer.
La situation extérieure n’est pas nécessairement différente.
C’est le regard posé sur elle qui peut changer.
Et ce regard influence directement ce que nous ressentons, les pensées qui apparaissent et la manière dont nous choisissons d’agir.
LE FILTRE DE NOTRE MONDE INTÉRIEUR
Entre ce qui se passe à l’extérieur et la manière dont nous le vivons à l’intérieur, notre monde intérieur intervient.
Notre perception peut être influencée par :
- Nos croyances : ce que nous pensons être vrai sur nous-mêmes, sur les autres et sur la vie.
- Nos expériences passées : les souvenirs et les blessures qui peuvent teinter ce que nous vivons aujourd’hui.
- Notre état émotionnel : la fatigue, le stress, la peur ou, au contraire, un état de calme peuvent modifier notre manière de percevoir.
- Nos attentes : ce que nous espérions, imaginions ou pensions devoir se produire.
- Nos interprétations : le sens que nous donnons spontanément à ce qui arrive.
Ainsi, un même événement peut prendre une signification très différente selon la personne qui le vit.
L’événement extérieur est un fait.
La manière dont je l’interprète appartient à mon monde intérieur.
CONFONDRE LE FAIT ET L’INTERPRÉTATION
L’une des sources de souffrance peut venir de la confusion entre ce qui s’est réellement passé et l’histoire que nous construisons autour de ce qui s’est passé.
Par exemple :
Le fait concret :
« Cette personne n’a pas répondu à mon message. »
L’interprétation automatique :
« Elle s’en fiche de moi. »
ou
« J’ai certainement fait quelque chose de mal. »
Le fait est réel.
Mais l’interprétation n’est pas nécessairement une certitude.
Lorsque nous confondons les deux, nous pouvons réagir non pas seulement à la situation, mais à une histoire que notre esprit a construite autour d’elle.
Apprendre à distinguer le fait de l’interprétation redonne de l’espace à notre discernement.
ÉLARGIR NOTRE REGARD
Développer sa conscience ne signifie pas ignorer les difficultés ou se convaincre que tout est positif.
Cela signifie apprendre à regarder plus largement.
Avant de conclure, nous pouvons nous demander :
- Est-ce une certitude ou une interprétation de ma part ?
- Qu’est-ce que je sais réellement de cette situation ?
- Existe-t-il une autre explication possible ?
- Qu’est-ce que ma réaction me révèle sur mes besoins ou mes peurs ?
- Est-ce que je réagis à ce qui se passe maintenant ou à quelque chose que cette situation réveille en moi ?
Ces questions ne changent pas nécessairement les circonstances.
Mais elles peuvent changer la manière dont nous les rencontrons.
LE REGARD COMME TRAVAIL INTÉRIEUR
Dans une perspective spirituelle, le travail ne consiste pas seulement à modifier une pensée négative par une pensée positive.
Il s’agit d’apprendre à prendre du recul par rapport à ce qui nous traverse, afin de retrouver notre capacité de discernement.
L’intellect peut nous aider à examiner ce que nous pensons.
La conscience nous permet d’observer ce qui se passe en nous.
Et cette prise de recul peut ouvrir un espace dans lequel nous ne sommes plus entièrement prisonniers de notre première réaction.
Je peux regarder ma pensée sans être obligé de la croire immédiatement.
Je peux écouter mon émotion sans lui laisser seule le pouvoir de définir la réalité.
Je peux chercher une compréhension plus profonde avant de choisir ma réponse.
LA RÉALITÉ ET NOS FILTRES INTÉRIEURS
| Ce qui se passe | La perception automatique | Une autre possibilité de lecture |
|---|---|---|
| Une épreuve surgit | « Tout s’effondre. » | « Cette situation me demande de trouver de nouvelles ressources. » |
| Un imprévu survient | « Ma journée est gâchée. » | « Je dois m’adapter à ce nouveau paramètre. » |
| Une critique est émise | « On m’attaque dans ce que je suis. » | « C’est un point de vue que je peux entendre sans nécessairement le faire mien. » |
| Un silence s’installe | « C’est de l’indifférence. » | « Je ne connais pas encore la raison de ce silence. » |
La deuxième lecture n’est pas forcément la vérité.
Elle représente simplement une possibilité supplémentaire.
Et parfois, retrouver plusieurs possibilités là où notre esprit n’en voyait qu’une seule suffit à faire naître davantage de liberté.
PERCEVOIR AUTREMENT SANS NIER LA RÉALITÉ
Il est important de faire une distinction.
Changer son regard ne signifie pas nier les faits.
Une injustice reste une injustice.
Une blessure reste une blessure.
Une difficulté reste une difficulté.
La conscience ne nous demande pas de maquiller la réalité.
Elle nous invite à ne pas ajouter à la réalité une souffrance créée uniquement par nos interprétations automatiques.
Voir clairement, c’est apprendre à distinguer ce qui est de ce que j’en fais intérieurement.
C’est là que le discernement devient une véritable force.
UN ESPACE DE LIBERTÉ
Nous ne pouvons pas toujours contrôler les circonstances extérieures.
Nous ne pouvons pas non plus choisir tout ce qui surgit spontanément dans notre esprit.
Mais nous pouvons progressivement apprendre à observer notre perception, à questionner certaines interprétations et à choisir la manière dont nous voulons répondre.
Entre ce qui arrive et ce que j’en fais, un espace peut apparaître.
Un espace de conscience.
Un espace de discernement.
Un espace de choix.
Et parfois, c’est précisément là que commence la transformation intérieure.
Je ne peux pas toujours choisir ce qui m’arrive.
Je peux apprendre à choisir le regard avec lequel je le rencontre.
Changer mon regard sur une situation, c’est déjà commencer à transformer la manière dont je la vis.
M’écouter, c’est me comprendre.
